Un homme qui exploitait des bars fréquentés par la mafia du nord de l’État de New York a raconté au quotidien Toronto Star qu’il avait reçu l’ordre d’assassiner le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau en 1974, à cause de ses liens avec Fidel Castro.
Mike Craft a affirmé en entrevue avec le journal que la mafia lui avait demandé d’abattre M. Trudeau. “J’allais lui tirer une balle dans l’oeil et le tuer instantanément (…) Je n’avais rien contre Pierre Trudeau personnellement, mais mes supérieurs m’avaient dit de le tuer. Je suis heureux de ne pas l’avoir fait”, a ajouté l’homme de 60 ans.
La mafia voulait éliminer Pierre Trudeau en raison de son association étroite avec le président de Cuba, Fidel Castro, a dit M. Craft. Le Canada avait des échanges commerciaux avec Cuba en 1974 et lui versait de l’aide, malgré le boycott américain contre le régime communiste.

Des mafiosi comme Meyer Lansky haïssaient Castro parce qu’il les avait expulsés de Cuba et avait fermé leurs casinos lorsqu’il a pris le pouvoir en 1959. Ils espéraient que Castro assiste aux funérailles de M. Trudeau au Canada de façon à ce qu’ils puissent l’assassiner à son tour, selon M. Craft. “Ils se disaient: `Si nous tuons Trudeau, nous pourrons avoir Castro’.”
Les plans ont cependant changé en septembre 1974, quand M. Craft s’est fait dire de rentrer aux États-Unis et de laisser tomber le projet d’assassinat. Bien qu’il ne sache pas exactement pourquoi, il a dit croire que c’était parce que la mafia jugeait que Trudeau adoptait une ligne plus dure à l’égard de Cuba.
Selon l’auteur torontois Antonio Nicaso, Lansky était enragé d’avoir perdu les casinos cubains, où il blanchissait l’argent du crime organisé.
“Après la révolution cubaine, le nouveau régime a détruit les installations et les sources de revenus de Lansky”, qui “a perdu une bonne partie de sa fortune. Il était plus furieux qu’un chien enragé”, a soutenu M. Nicaso, qui a déjà donné des conférences aux policiers sur le crime organisé.
Toujours selon l’auteur, il est plausible que la mafia ait voulu tuer Trudeau pour avoir l’occasion d’éliminer Castro, mais l’assassinat d’un premier ministre à l’intérieur du Canada aurait vraisemblablement exigé d’abord le feu vert des mafiosi locaux. “La mafia est très territoriale”, remarque M. Nicaso.
Ce dernier ne met pas en doute le récit de Mike Craft, mais se demande pourquoi des mafieux américains n’auraient pas pris contact avec un des principaux leaders du milieu interlope à Montréal dans les années 1970 pour confier le “travail” à quelqu’un du coin.
Selon M. Craft, le plan consistait à abattre M. Trudeau à l’aide d’une arme à longue portée au moment où le premier ministre descendait d’une limousine pour une apparition publique.
“Il se tournait toujours vers la foule et saluait lorsqu’il sortait de son véhicule, a raconté M. Craft. Quand il se serait tourné, si j’avais été dans la bonne position, je l’aurais atteint d’une balle dans l’oeil.”
L’homme avait planifié sa fuite en faisant placer une série de voitures le long du trajet entre Montréal et la frontière américaine.
M. Craft a expliqué qu’il se sent libre de raconter son histoire maintenant parce que les principaux acteurs sont tous décédés et que des avocats l’ont assuré qu’il ne pouvait être poursuivi.
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